Fiscalité & transmission

Exonération des biens ruraux loués à long terme

L'exonération des biens ruraux loués à long terme allège fortement les droits de mutation sur les terres données à bail de dix-huit ans ou plus : 75 % de leur valeur jusqu'à un seuil, 50 % au-delà. Un levier majeur, à condition de respecter la nature du bail et les engagements de conservation.

Illustration de l'exonération des biens ruraux loués à long terme réduisant les droits de mutation sur des terres données à bail

Le principe de l'exonération

L'exonération des biens ruraux loués à long terme est un régime de faveur qui réduit l'assiette des droits de mutation à titre gratuit, en cas de donation ou de succession, pour les terres et bâtiments agricoles donnés à bail à long terme. L'idée du législateur est d'encourager les propriétaires à immobiliser durablement leurs terres au service de l'agriculture, en consentant des baux longs qui sécurisent l'exploitant.

Ce régime récompense donc un choix : celui du bailleur qui, plutôt que de garder ses terres libres ou de les louer au coup par coup, s'engage sur dix-huit ans ou davantage. En contrepartie de cette stabilité offerte au monde agricole, l'État consent une exonération partielle qui peut représenter une économie de droits très substantielle lors de la transmission.

📖 Définition

Un bail à long terme est un bail rural d'une durée initiale d'au moins dix-huit ans, auquel s'ajoutent le bail de vingt-cinq ans et le bail de carrière (conclu jusqu'à l'âge de la retraite du preneur). Il se distingue du bail ordinaire de neuf ans par sa durée et par les avantages fiscaux qu'il ouvre. C'est ce type de bail, et lui seul, qui conditionne l'exonération des biens ruraux.

Le bail à long terme, condition centrale

Sans bail à long terme, pas d'exonération : c'est la condition première. Le bail doit être en cours au jour de la transmission et respecter les exigences du statut du fermage. Un bail de neuf ans, même renouvelé plusieurs fois, n'ouvre pas droit au régime : c'est bien la durée initiale de l'engagement qui compte. Le propriétaire qui vise cette exonération doit donc anticiper et convertir, le cas échéant, son bail court en bail long.

Le preneur, de son côté, est tenu des obligations habituelles du statut du fermage : exploiter en bon père de famille, payer le fermage et entretenir les terres. Pour bien comprendre ce cadre, consultez notre page sur les obligations du preneur (fermier). Le respect du bail par les deux parties est la garantie que l'avantage fiscal ne sera pas remis en cause.

⚖️ Ce que dit la loi

L'exonération figure à l'article 793 du Code général des impôts, qui prévoit l'exonération partielle des biens ruraux donnés à bail à long terme et des parts de groupements fonciers agricoles. Les baux à long terme eux-mêmes sont régis par les articles L416-1 et suivants du Code rural et de la pêche maritime. L'articulation de ces textes fixe les conditions de durée, de conservation et de nature du bail.

75 % puis 50 % : la dégressivité

L'exonération n'est pas totale : elle est partielle et dégressive. La valeur des biens ruraux loués à long terme est exonérée à hauteur de 75 % jusqu'à un certain seuil, puis à hauteur de 50 % au-delà de ce seuil. Autrement dit, plus le patrimoine transmis est important, plus la fraction exonérée diminue au-delà du plafond. Ce seuil est actualisé périodiquement par le législateur.

Fraction de la valeurTaux d'exonérationÀ retenir
Jusqu'au seuil légal75 %Seuil actualisé — vérifiez la valeur en vigueur
Au-delà du seuil50 %La fraction supérieure reste taxée pour moitié
Condition de bailBail à long terme (≥ 18 ans, 25 ans ou carrière)
Condition de conservationConservation des biens pendant une durée minimale

Le seuil et les modalités exactes évoluant régulièrement, aucun montant chiffré ne doit être considéré comme définitif : il faut se référer à la valeur en vigueur au jour de la transmission. Le mécanisme, lui, est stable : 75 % en deçà du seuil, 50 % au-delà. Ce régime se combine avantageusement avec les autres outils de transmission, comme la attribution préférentielle de l'exploitation à l'héritier qui poursuit l'activité.

💡 Bonne pratique

Si vous détenez des terres louées par bail de neuf ans et envisagez de transmettre, étudiez très en amont la conversion en bail à long terme : l'avantage fiscal justifie souvent l'engagement. Attention toutefois à ne pas décider dans l'urgence, à l'approche d'une succession : mieux vaut consolider le bail plusieurs années avant, pour sécuriser à la fois la durée et la conservation exigées.

Le cas des parts de GFA

Le régime ne concerne pas seulement les terres détenues en direct : il s'étend aux parts de groupement foncier agricole (GFA) dont les biens sont donnés à bail à long terme. Le GFA est une société civile qui détient le foncier et le loue à un exploitant. Il permet d'organiser la détention à plusieurs, de faciliter l'entrée et la sortie d'associés, et de transmettre progressivement le foncier par cession ou donation de parts.

Cette souplesse en fait un outil de transmission très prisé, qui s'articule avec les mécanismes de rééquilibrage entre héritiers. Lorsque l'indivision menace, le GFA ou l'attribution préférentielle offrent des issues ; à défaut, notre page sur les moyens de sortir d'une indivision successorale détaille les voies possibles. La détention de parts appelle aussi une vigilance sur le rapport des donations, qui rétablit l'équilibre entre héritiers.

Schéma de l'exonération des biens ruraux loués à long terme : 75 % de la valeur exonérée jusqu'au seuil, 50 % au-delà, sous condition de bail long et de conservation
La valeur des biens ruraux loués à long terme est exonérée à 75 % jusqu'au seuil légal, puis à 50 % au-delà, sous conditions de bail et de conservation.

Une stratégie à anticiper

L'exonération des biens ruraux loués à long terme n'est pas un dispositif que l'on active au dernier moment : elle se prépare. Le bail long doit exister et courir, les biens doivent être conservés après la transmission, et le montage doit s'articuler avec les autres régimes de faveur. Bien menée, la combinaison de cette exonération avec l'abattement en ligne directe et, le cas échéant, avec le pacte Dutreil réduit très fortement le coût fiscal de la transmission.

Chaque situation étant particulière, aucun schéma ne s'applique mécaniquement : la nature des baux, la valeur des terres, la composition de la famille et les objectifs de chacun commandent une stratégie sur mesure. C'est précisément là que l'expertise foncière prend tout son sens, en sécurisant à la fois l'évaluation des biens et la conformité des baux.

🏛️ Repère jurisprudentiel

Les tribunaux rappellent de manière constante que les régimes d'exonération sont d'interprétation stricte : la qualification de bail à long terme et le respect des conditions de conservation sont contrôlés avec rigueur. Un bail qui ne remplirait pas les exigences de durée, ou dont la réalité serait contestée, prive le bénéficiaire de l'avantage. La jurisprudence veille aussi à ce que l'évaluation des biens loués tienne compte de la décote liée à l'occupation.

Questions fréquentes

Quel type de bail ouvre droit à l'exonération des biens ruraux ?

L'exonération suppose que les terres soient données à bail à long terme, c'est-à-dire un bail rural d'une durée initiale d'au moins dix-huit ans, ou un bail de vingt-cinq ans, ou encore un bail de carrière. Un bail ordinaire de neuf ans n'ouvre pas droit à ce régime. Le bail doit être en cours au jour de la transmission et respecter les conditions du statut du fermage.

L'exonération est-elle totale ?

Non, elle est partielle et dégressive. La valeur des biens ruraux loués à long terme est exonérée à hauteur de 75 % jusqu'à un certain seuil, puis à hauteur de 50 % au-delà de ce seuil. Le seuil est actualisé périodiquement : il faut vérifier sa valeur en vigueur au jour de la transmission. L'avantage suppose en outre que le bénéficiaire conserve les biens pendant une durée minimale.

Les parts de groupement foncier agricole bénéficient-elles de l'exonération ?

Oui, sous conditions. Les parts de groupement foncier agricole (GFA) dont les biens sont donnés à bail à long terme peuvent bénéficier du même régime d'exonération partielle, à condition notamment que les statuts interdisent l'exploitation en faire-valoir direct et que les parts soient détenues depuis un certain délai. Le GFA est un outil apprécié pour organiser la détention et la transmission progressive du foncier agricole.

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