Bail rural & fermage

Les obligations du bailleur de terres agricoles

Louer ses terres à un fermier n'est pas un placement passif. Les obligations du bailleur en bail rural — délivrer un bien en bon état, assumer les grosses réparations, garantir une jouissance paisible, respecter les droits du preneur — sont précises et sanctionnées. Voici ce que tout propriétaire rural doit savoir avant et pendant le bail.

Propriétaire de terres agricoles louées à un fermier : illustration des obligations du bailleur en bail rural

Un bailleur encadré par le statut du fermage

Dès lors que des terres ou bâtiments agricoles sont loués à un exploitant, le statut du fermage (articles L411-1 et suivants du Code rural et de la pêche maritime) s'applique de plein droit. Ce statut, d'ordre public, organise un équilibre : le fermier bénéficie d'une forte protection — durée minimale de neuf ans, droit au renouvellement, fermage encadré — et le bailleur conserve la propriété, perçoit un revenu régulier et voit ses terres entretenues et mises en valeur.

Les obligations du propriétaire se répartissent en quatre grands blocs : délivrer, entretenir, garantir la jouissance paisible et respecter les droits que la loi reconnaît au preneur. Elles répondent, en miroir, aux devoirs du fermier détaillés dans notre page sur les obligations du preneur.

📖 Définition

Le bailleur est le propriétaire (ou l'usufruitier) qui donne à bail des biens agricoles. Le loyer qu'il perçoit s'appelle le fermage. La délivrance désigne l'obligation de mettre à disposition du preneur des biens conformes à leur destination agricole, avec leurs accessoires (bâtiments, chemins d'accès, réseaux d'eau, droits attachés au fonds).

Délivrer un bien en bon état et conforme au bail

Première obligation, héritée du droit commun du louage : délivrer la chose louée (article 1719 du Code civil). Le bailleur doit remettre au fermier des parcelles et des bâtiments en état de servir à l'exploitation convenue : accès praticables, bâtiments hors d'eau et hors d'air, installations de base fonctionnelles. Le bail doit décrire précisément les biens loués — un travail qui commence par la désignation exacte des parcelles, en s'appuyant sur les documents cadastraux.

Un état des lieux d'entrée, établi contradictoirement, est indispensable : il fixera le point de comparaison en fin de bail, tant pour d'éventuelles dégradations que pour le calcul de l'indemnité au preneur sortant si le fermier améliore le fonds.

Quelles réparations sont à la charge du bailleur ?

Pendant toute la durée du bail, le propriétaire doit entretenir le bien de manière qu'il puisse servir à l'usage prévu. Concrètement, il assume les grosses réparations : gros œuvre et toiture des bâtiments, murs porteurs, charpente, remplacement des éléments hors d'usage par vétusté ou force majeure. Le fermier, lui, prend en charge l'entretien courant et les réparations locatives. La ligne de partage, source fréquente de litiges, est détaillée dans notre page travaux et améliorations dans le bail rural : qui paie quoi ?

⚖️ Ce que dit la loi

L'article 1719 du Code civil oblige le bailleur à délivrer la chose louée, à l'entretenir en état de servir à l'usage prévu et à en faire jouir paisiblement le preneur. L'article 1720 précise qu'il doit y faire, pendant le bail, toutes les réparations autres que locatives. Ces textes de droit commun s'appliquent au bail rural, complétés par le statut du fermage (art. L411-1 et s. du Code rural).

Garantir au fermier une jouissance paisible

Le bailleur doit s'abstenir de tout ce qui troublerait l'exploitation : il ne peut pas reprendre une parcelle à sa convenance, couper des arbres essentiels, faire passer des engins, chasser sans respecter les conventions, ni louer le même bien à un tiers. Il garantit aussi le preneur contre les troubles de droit émanant de tiers qui revendiqueraient des droits sur le fonds.

Cette garantie a une conséquence pratique importante : tant que le fermier respecte ses obligations, le bailleur ne peut récupérer les terres qu'aux conditions prévues par la loi (congé motivé, reprise pour exploiter, résiliation judiciaire). À l'inverse, le bailleur n'a pas à tolérer une occupation irrégulière : si le preneur a mis un tiers dans les lieux en violation de l'interdiction de sous-location du bail rural, il peut agir en résiliation.

🏛️ Repère jurisprudentiel

Les tribunaux jugent de manière constante que le bailleur qui laisse se dégrader des bâtiments indispensables à l'exploitation, malgré les demandes du preneur, manque à son obligation d'entretien : le fermier peut alors demander l'exécution des travaux en justice, des dommages et intérêts, voire la résiliation du bail aux torts du bailleur. Le silence du bail ne dispense jamais le propriétaire de ses obligations d'ordre public.

Taxes et charges : comment se fait la répartition ?

Le bailleur supporte les impôts fonciers en sa qualité de propriétaire, mais la loi organise un partage avec le preneur. À défaut d'accord entre les parties, le fermier rembourse au bailleur un cinquième de la taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties afférente aux biens loués, ainsi que la moitié de la taxe pour frais de chambre d'agriculture (article L415-3 du Code rural). Les primes d'assurance de l'immeuble restent à la charge du propriétaire, le preneur assurant de son côté ses risques locatifs et son matériel.

PosteBailleurPreneur (fermier)
Grosses réparations (gros œuvre, toiture, vétusté)OuiNon
Entretien courant, réparations locativesNonOui
Taxe foncièreRedevable, avec remboursement partielUn cinquième à défaut d'accord (art. L415-3)
Taxe pour frais de chambre d'agricultureMoitiéMoitié
Assurance de l'immeubleOuiAssurance des risques locatifs

Respecter les droits du preneur pendant et après le bail

Le statut du fermage confère au fermier des droits que le bailleur doit respecter scrupuleusement : droit au renouvellement du bail à son terme, droit de préemption en cas de vente des biens loués (articles L412-1 et suivants du Code rural), droit à indemnité pour les améliorations apportées au fonds en fin de bail. Le bailleur est également sollicité en amont de certaines opérations du preneur : son agrément est requis pour une cession du bail rural, même au profit d'un enfant du fermier.

Enfin, le bailleur averti pense à la sortie et à la transmission : le choix du bail (bail de neuf ans, bail à long terme) et sa rédaction conditionnent la fiscalité du revenu, celle de la transmission du patrimoine — un enjeu majeur pour un domaine viticole comme pour un ensemble de terres céréalières — et la fiscalité du fermier lui-même, qui dépend notamment de son régime d'imposition (micro-BA ou réel).

💡 Bonne pratique

Ne vous contentez jamais d'un bail verbal, pourtant fréquent en agriculture. Un bail écrit, accompagné d'un état des lieux détaillé, sécurise la répartition des charges, la clause de reprise, le sort des améliorations et la preuve du fermage convenu. Le cabinet rédige et audite les baux ruraux de ses clients bailleurs : c'est le meilleur investissement de toute la relation locative.

Schéma des quatre piliers des obligations du bailleur en bail rural : délivrance, grosses réparations, jouissance paisible, respect des droits du preneur
Les quatre piliers des obligations du bailleur de terres agricoles, et la règle de partage des taxes foncières.

Questions fréquentes

Qui paie les grosses réparations dans un bail rural ?

Le bailleur. En vertu des articles 1719 et 1720 du Code civil, applicables au bail rural, le propriétaire doit entretenir le bien loué et y faire toutes les réparations autres que locatives : gros œuvre des bâtiments, toiture, murs porteurs, remplacement d'éléments hors d'usage par vétusté. Le preneur, lui, n'assume que l'entretien courant et les réparations locatives.

Le bailleur peut-il vendre les terres louées ?

Oui, la vente est libre, mais le bail se poursuit avec l'acquéreur : la vente ne met pas fin au bail rural. De plus, le fermier en place bénéficie en principe d'un droit de préemption (articles L412-1 et suivants du Code rural) s'il remplit les conditions légales : il doit être informé du projet de vente et peut acheter en priorité au prix notifié.

Le bailleur peut-il augmenter librement le fermage ?

Non. Le fermage est encadré par des minima et maxima fixés par arrêté préfectoral, et son évolution annuelle suit l'indice national des fermages. Cet indice s'établit à 123,06 pour 2025, soit une hausse de 0,42 % par rapport à 2024, applicable aux échéances comprises entre le 1er octobre 2025 et le 30 septembre 2026.

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