Bail rural & fermage

La fin du bail : sortie de ferme et comptes entre parties

La sortie de ferme est le moment de vérité du bail rural : après neuf, dix-huit ou trente ans d'exploitation, bailleur et preneur doivent solder leurs comptes. Indemnité au preneur sortant, dégradations, arriérés de fermage : voici comment se déroule — et comment se prépare — la fin d'un bail rural.

Sortie de ferme à la fin d'un bail rural : remise des terres et comptes entre bailleur et preneur

Comment un bail rural prend-il fin ?

Un bail rural ne s'éteint presque jamais tout seul. Sa durée minimale de neuf ans se prolonge par renouvellements successifs, sauf événement mettant fin au contrat : congé du bailleur pour reprise, congé délivré au preneur ayant atteint l'âge de la retraite, non-renouvellement demandé par le fermier, résiliation judiciaire (fermages impayés, agissements compromettant le fonds), résiliation amiable, ou encore départ anticipé du preneur pour incapacité ou retraite. Dans la plupart des cas, un congé délivré par acte extrajudiciaire au moins dix-huit mois avant le terme est nécessaire (article L411-47 du Code rural).

Quelle que soit la cause de la fin du bail, la suite est identique : le preneur doit restituer le fonds, et les parties doivent établir les « comptes de sortie de ferme ». C'est un exercice technique, encadré par le statut du fermage, où se croisent deux flux : ce que le bailleur doit au preneur (les améliorations) et ce que le preneur doit au bailleur (dégradations et sommes restant dues).

📖 Définition

La sortie de ferme désigne l'ensemble des opérations qui accompagnent la restitution du fonds loué à la fin du bail rural : état des lieux de sortie, arrêté des comptes de fermage, évaluation des améliorations apportées par le preneur et des éventuelles dégradations, puis règlement du solde entre les parties. On parle aussi de « comptes de sortie de ferme » ou de « comptes entre bailleur et preneur ».

L'état des lieux de sortie : une étape décisive

Tout se joue sur la comparaison entre l'état du fonds à l'entrée du fermier et son état au jour du départ. D'où l'importance capitale de l'état des lieux d'entrée, établi contradictoirement au début du bail — un point que nous détaillons dans notre page sur la conclusion du bail rural. À la sortie, un nouvel état des lieux, contradictoire lui aussi, photographie les terres, les bâtiments, les clôtures, les drainages, les cultures en place et l'état sanitaire général.

En l'absence d'état des lieux d'entrée, les comptes deviennent un terrain de contestation : chacun doit prouver l'état initial par témoignages, photographies ou documents comptables. Lorsque le bail lui-même est verbal, la difficulté est double — voyez à ce sujet notre page bail rural écrit ou verbal : preuve et risques.

💡 Bonne pratique

N'attendez pas le dernier jour du bail. Dès que le congé est délivré ou le départ annoncé, provoquez une visite conjointe du fonds avec un expert foncier, dressez la liste des points de désaccord prévisibles (fumures, cultures en place, entretien des bâtiments) et faites chiffrer les indemnités de part et d'autre. Une sortie de ferme préparée dix-huit mois à l'avance se règle presque toujours à l'amiable.

L'indemnité au preneur sortant : un droit d'ordre public

Le principe est simple et souvent méconnu des bailleurs : le fermier qui a, par son travail ou ses investissements, amélioré le fonds loué a droit à une indemnité à l'expiration du bail. Peu importe que le bail prenne fin par congé, résiliation ou non-renouvellement.

⚖️ Ce que dit la loi

L'article L411-69 du Code rural et de la pêche maritime dispose que le preneur qui a, par ses investissements de capital ou de travail, apporté des améliorations au fonds loué a droit, à l'expiration du bail, à une indemnité due par le bailleur, quelle que soit la cause qui a mis fin au bail. Les articles L411-71 et suivants fixent les méthodes de calcul selon la nature des améliorations. Ce droit est d'ordre public : le preneur ne peut pas y renoncer par avance.

Encore faut-il que les travaux aient été régulièrement réalisés : selon leur nature, le Code rural exige l'accord préalable du bailleur, une autorisation du tribunal paritaire ou une simple notification restée sans opposition (article L411-73). Un bâtiment édifié sans respecter ces procédures peut priver le preneur de tout ou partie de son indemnité.

🏛️ Repère jurisprudentiel

La Cour de cassation juge de manière constante que toute clause du bail par laquelle le preneur renoncerait par avance à l'indemnité de sortie est réputée non écrite, et que l'indemnité est due dès lors que les améliorations, régulièrement réalisées, subsistent au jour de la restitution du fonds. Les juges rappellent aussi que le preneur sortant peut se maintenir dans les lieux jusqu'au paiement de l'indemnité, sauf consignation de la somme par le bailleur.

Comment se calculent les comptes de sortie de ferme ?

Le Code rural distingue les améliorations selon leur nature, avec pour chacune une méthode d'évaluation propre. C'est ici que l'expertise foncière prend tout son sens : l'expert reconstitue les investissements, applique les amortissements et chiffre ce qui « reste » réellement au fonds.

Nature de l'améliorationExemplesMéthode d'indemnisation
Bâtiments et ouvragesStabulation, hangar, drainage, irrigationValeur au coût actuel de reconstruction, déduction faite d'un amortissement fonction de la durée d'usage écoulée
PlantationsVergers, vignes, haies productivesEnsemble des dépenses engagées, évaluées à la date d'expiration du bail, dans la limite de la plus-value apportée au fonds
Améliorations culturalesFumures et arrière-fumures, amendements, sols enrichisValeur des éléments fertilisants encore présents, appréciée par comparaison entre l'entrée et la sortie
Travaux réguliers d'entretienRéparations locatives courantesPas d'indemnité : ils incombent au preneur pendant le bail

Exemple concret : un fermier a fait édifier, avec l'accord du bailleur, un hangar il y a douze ans, drainé vingt hectares il y a six ans et laisse des arrière-fumures sur ses parcelles. L'expert chiffrera chaque poste séparément — le hangar largement amorti, le drainage encore récent, les fumures selon les analyses de sol — puis compensera avec les sommes dues au bailleur. En viticulture, où le preneur plante parfois des vignes entières, les enjeux sont encore plus lourds : le mécanisme y rejoint les règles du fermage viticole et des plantations du preneur.

Dégradations et arriérés : ce que le bailleur peut réclamer

Les comptes de sortie ne jouent pas à sens unique. Le bailleur peut opposer au preneur sortant, en compensation de l'indemnité :

— l'indemnité pour dégradations : lorsque le fonds est restitué en moins bon état qu'à l'entrée (terres épuisées, bâtiments dégradés au-delà de l'usure normale, clôtures ruinées, friches), le bailleur a droit à une indemnité évaluée, là encore, par comparaison des états des lieux (article L411-72 du Code rural) ;
— les fermages impayés et charges récupérables restant dus, notamment la fraction de taxe foncière conventionnellement ou légalement mise à la charge du preneur ;
— le cas échéant, une indemnité d'occupation si le preneur se maintient sans droit après la fin du bail — hors le cas légitime du maintien dans les lieux faute de paiement de l'indemnité de sortie.

Le solde net, dans un sens ou dans l'autre, est réglé entre les parties. En cas de désaccord persistant, le tribunal paritaire des baux ruraux est compétent et ordonne le plus souvent une expertise. Notez enfin que l'indemnité perçue par l'exploitant peut avoir des incidences fiscales selon son régime d'imposition : le sujet mérite d'être anticipé avec votre conseil, comme l'explique notre page micro-BA ou réel : la fiscalité de l'exploitant.

Frise chronologique de la sortie de ferme : congé, fin du bail, état des lieux, comparaison et comptes entre parties
La chronologie d'une sortie de ferme et les deux volets des comptes entre bailleur et preneur.

Questions fréquentes

Le preneur peut-il renoncer à l'indemnité de sortie de ferme ?

Non, pas par avance : l'indemnité au preneur sortant est d'ordre public et toute clause de renonciation anticipée est réputée non écrite. Une fois le bail terminé et l'indemnité chiffrée, une transaction sur son montant reste en revanche possible.

L'état des lieux de sortie est-il obligatoire ?

Il est en pratique indispensable : c'est la comparaison entrée/sortie qui établit les améliorations comme les dégradations. Sans état des lieux, chaque partie doit prouver ses prétentions par d'autres moyens, ce qui fragilise considérablement les comptes.

Que se passe-t-il si le bailleur ne paie pas l'indemnité au preneur sortant ?

Le preneur sortant peut se maintenir dans les lieux jusqu'au paiement, sauf consignation de la somme. En cas de litige sur le montant, le tribunal paritaire des baux ruraux tranche, généralement après expertise. D'où l'intérêt de faire chiffrer l'indemnité en amont.

Besoin d'un accompagnement personnalisé ?
Le Cabinet DK établit les états des lieux contradictoires et chiffre les comptes de sortie de ferme — indemnités au preneur sortant comme dégradations — pour sécuriser la fin de votre bail. Le Cabinet DK, expert foncier et agricole depuis 1980, intervient en Île-de-France, Bretagne et Rhône-Alpes.

Prendre contact